Photographe officiel de Justin Trudeau : « Je voyais tout à travers mon appareil »
Photographe officiel de Justin Trudeau, Adam Scotti a été témoin des plus grands triomphes et des moments les plus difficiles de l'ex-premier ministre du Canada. En entrevue avec Les coulisses du pouvoir, il revient sur son emploi hors du commun en livrant quelques anecdotes inédites. Le mandat d’Adam Scotti comme photographe officiel de Justin Trudeau s’est achevé en mars dernier, en même temps que celui du premier ministre. Cette collaboration aura duré plus d’une décennie, soit trois mandats et un million de photos prises au fil de longues journées de travail. C’est drôle, parce qu’en rentrant chez moi après une bonne ou une mauvaise journée, ma femme me demandait : "As-tu vu les nouvelles?" J'étais dans la pièce, mais honnêtement, je faisais mon boulot. Je travaillais. Je n’avais pas toujours une idée de ce qui se jouait à l’extérieur du bureau. Étudiant à l'Université McGill, Adam Scotti a rencontré Justin Trudeau alors que ce dernier tentait de se faire élire comme député dans la circonscription de Papineau, à Montréal, sous les couleurs du Parti libéral du Canada. En devenant photographe officiel de Justin Trudeau après l'élection de celui-ci à la tête du pays, en 2015, Adam Scotti marchait aussi dans les pas de son père, lui qui avait été le photographe officiel du premier ministre Brian Mulroney. Or, la profession a bien changé depuis cette époque. Les égoportraits et l'immédiateté des publications sur les réseaux sociaux ont remplacé les cartes professionnelles que les dignitaires et les photographes s'échangeaient. Adam Scotti perçoit justement son rôle comme celui d’un Et quel est son secret pour être discret jusqu’au point de se faire oublier? Le principal intéressé répond du tac au tac, un sourire dans la voix. Lors de cette entrevue, l’équipe des Coulisses du pouvoir lui a demandé de choisir six photos qu'il a prises et de raconter l'histoire de chacune. Voici sa sélection. Justin Trudeau s'amuse sur la scène de la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, à Montréal, sous l'œil averti de son photographe, Adam Scotti, en juin 2014. Photo : Bureau du Premier ministre / Adam Scotti Adam Scotti : Il y a une drôle d’histoire derrière cette photo. Je l’ai sortie en mars dernier parce que j’avais toujours peur des attaques des conservateurs ou du NPD. C’est une photo plus détendue, pas trop sérieuse, mais elle est importante pour l’histoire : c’est son père qui faisait des pirouettes (et qui lui a appris). On tournait une publicité à Montréal, juste avant l’élection d’octobre. Honnêtement, je ne cherchais pas à prendre cette photo. J’étais en train de photographier des petits bonhommes Lego me représentant, moi et un collègue. Puis, Justin Trudeau a commencé à faire des pirouettes derrière nous. J’ai rapidement changé d’appareil et capturé ce moment. Ce n’est pas nécessairement une photo de Justin Trudeau en tant que politicien, mais c’est une belle photo sur scène. Justin Trudeau est entouré de militants lors d'un rassemblement du Parti libéral du Canada la veille de sa victoire du 18 octobre 2015, à Calgary. Photo : Adam Scotti Cette photo, prise la veille du scrutin de 2015, représente un moment unique. Il y avait presque 5000 personnes à Calgary pour l’accueillir. L'énergie du moment était incroyable. Il faisait tellement chaud et humide dans la salle qu’il y avait de la brume sur l’objectif. Je devais l’essuyer après chaque photo. On le sentait déjà depuis un an : partout où on allait, il y avait de plus en plus de gens qui venaient voir Justin Trudeau. Ce soir-là, c’était le crescendo, juste avant l’élection. Justin Trudeau, premier ministre nouvellement désigné, monte un escalier dans le reflet du portrait de son père sur la colline du Parlement à Ottawa. Photo : Bureau du Premier ministre / Adam Scotti Quelques jours après l’élection, Justin Trudeau est entré dans son bureau à l’édifice du Centre et il est passé devant le portrait de son père. J’avais déjà pris des clichés similaires, mais c’était le moment de faire cette photo et de partager cette image. Pour lui comme pour moi, c’est un travail de famille. On a toujours nos pères à l'esprit. Ce moment-là avait une signification particulière. Le premier ministre Justin Trudeau et sa famille lors d'une pause avant un rassemblement à Mississauga, le 12 octobre 2019. Photo : Adam Scotti Comme père, on aime ses enfants. Les enfants sont formidables et, dès le départ, Justin Trudeau avait une règle : si ses enfants voulaient être là, ils pouvaient être là. Cette photo a été prise pendant la campagne électorale de 2019. Les enfants étaient curieux de voir ce que leur père faisait quand il n’était pas avec eux. Il réussissait à travailler tout en passant du temps avec eux après. Le premier ministre Justin Trudeau apprend à boxer à un membre de son équipe le 16 décembre 2024, jour de la démission de la ministre des Finances, Chrystia Freeland. Photo : Adam Scotti C’est le jour de la démission de Chrystia Freeland, alors ministre des Finances du gouvernement Trudeau. C’était peut-être le début de la fin de sa carrière politique, mais on est humains : il fallait aussi retrouver une certaine normalité. [...] C’était souvent comme ça. On pouvait vivre un événement très lourd, mais il fallait se retrouver, et il y avait de petits moments plus légers comme ça. Justin Trudeau était en train d’enseigner à un membre de l’équipe comment boxer. J’aime cette photo, car c’était une journée difficile. J’étais là pour les plus belles journées mais aussi pour les plus difficiles, mais à la fin de la journée, il ne faut pas trop se prendre au sérieux. Justin Trudeau au moment de quitter son bureau de l'édifice de l'Ouest, le 10 mars 2025. Photo : Adam Scotti Sur ce dernier cliché, c'était notre dernière journée dans son bureau de l'édifice de l’Ouest. Il a éteint les lumières pour la dernière fois en tant que premier ministre.Rencontrer la reine d'Angleterre, c’est spécial. Mais au bout du compte, j’étais là pour faire ma job. Je voyais tout à travers mon appareil photo. Honnêtement, mes souvenirs, ce sont les photos
, lance Adam Scotti moins d'une semaine après la visite du roi Charles III au Canada.Ce qui m’a toujours marqué, ce sont les grandes salles, les palais, des endroits que les gens visitent comme touristes, alors que nous, on s’y promenait comme invités officiels. C’était incroyable
, ajoute-t-il.J’ai soumis mon nom pour travailler avec eux pendant la campagne et ça s'est passé. J’étais au bon endroit, au bon moment, dans ma vie et dans la sienne
, indique-t-il.C’était une question de chance pour lui aussi
, confie-t-il.Il voulait être photographe et ma mère lui a donné un an pour faire ses preuves. C’est là que le Parti progressiste-conservateur l’a engagé. Un ou deux ans plus tard, il travaillait avec Brian Mulroney
, ajoute M. Scotti.Ça m’a permis de me concentrer sur l’aspect documentaire
, souligne le jeune homme.Un témoin invisible de l'histoire
archiviste visuel
. Toutes ses photos sont d’ailleurs conservées à Bibliothèque et Archives Canada. Les photos viennent compléter l’histoire, accompagner les documents officiels signés. C’est non seulement pour les historiens mais aussi pour les Canadiens
, souligne t-il.Je ne porte pas de chaussures bruyantes, juste des chaussures de sport silencieuses.
Parfois, je me place dans un coin et je ne bouge pas pendant cinq ou dix minutes, ajoute-t-il. Les gens finissent par m'oublier parce qu’ils ne me voient pas bouger. Mon appareil photo est silencieux, c’est parfait.
Six clichés sur presque un million
Juin 2014, Montréal

Octobre 2015, Calgary

Octobre 2015, Ottawa

Octobre 2019, Mississauga

16 décembre 2024, Ottawa

Mars 2025, Ottawa

Advertising by Adpathway










